Saris Indiens:
Draper le corps
Révéler l'âme

Projet d'exposition de Chantal Boulanger

Parmi toutes les beautés de l'Inde, il en est une que l'on voit partout et qui pourtant émerveille toujours. Quel voyageur n'a-t-il pas été ému par le geste élégant et nonchalant d'une Indienne qui réajuste son sari sur l'épaule, ni par les lignes fluides des drapés d'antan sculptés dans la pierre ?

Très apprécié des Grecs puis des Romains et encore pratiqué par de nombreux peuples dans le monde entier, l'art du drapé n'a pourtant guère été étudié. Bien que ce soit en Inde que l'on trouve actuellement la plus grande variété de drapés, ceux-ci n'ont pratiquement pas fait l'objet de recherches.

De nombreux styles de sari ont été complètement oubliés et bien d'autres le seront d'ici à quelques dizaines d'années. Si rien n'est fait pour préserver les techniques du drapé indien, nombre d'entre elles auront très bientôt disparu à jamais.

1. Une variété étonnante

Bien peu de spécialistes de l'Inde et de ses costumes ont soupçonné l'extraordinaire variété du drapé indien. A ce jour, aucune recherche extensive n'a été menée sur ce sujet. L'étude la plus complète, celle de Chantal Boulanger, a dénombré plus de 100 styles, bien qu'elle ne soit pas exhaustive.

Cette étude apporte de nouvelles bases de classification des costumes indiens et ouvre de nouvelles perspectives sur la signification du drapé. En effet, elle démontre que la plupart des saris peuvent se ranger dans quelques "familles" qui correspondent à des différences ethniques.

2. Les familles de drapé

Pour comprendre comment sera structurée l'exposition, voici un bref exposé sur les différentes familles de drapé :

- Le sari "moderne", celui qui se répand le plus au détriment des autres, fait partie de la famille des "nivi". Ces drapés sont enroulés en spirale du bas vers le haut et comportent un plissé important sur le devant. Il existe deux sous-familles, les "kaccha" qui sont communs dans le Maharashtra, et les "kaccha hauts", une forme particulièrement intéressante et rare de drapé. Dans ces saris, les plis du devant sont passés entre les jambes et attachés derrière, séparant ainsi les jambes.

- Dans l'antiquité, la plupart des drapés étaient des "dhoti", dont certaines formes sont encore portées aujourd'hui, surtout par les hommes. Ces saris sont d'abord noués au milieu de leur longueur autour de la taille, puis enroulés de chaque côté sur chacune des jambes séparément. Les saris Brahmanes du Sud de l'Inde leur sont apparentés et forment donc une sous-famille. Dans ces drapés, le sari est passé entre les jambes dès le début, puis enroulé en spirale autour du corps.

- Les Dravidiens et les habitants de l'Est de l'Inde ont leur propre façon de se vêtir d'un sari. On distingue trois sous-familles : les "veshti" qui ne couvrent que le bas du corps. Ils sont simplement enroulés une fois autour de la taille. Pour les saris tamouls et les saris du Nord-Est de l'Inde (Bengale, Orissa) le bas est noué comme un veshti, et le haut simplement rejeté une ou deux fois sur l'épaule, sans enroulement.

- Les femmes tribales, elles, préfèrent les styles noués au-dessus de la poitrine. Toutefois, la plupart de ces styles montrent l'influence locale des drapés non-tribaux.

- Beaucoup de saris en Inde Centrale sont inspirés du drapé typique des Gonds, qui va du haut vers le bas à l'inverse de tous les autres. Il est intéressant de noter que les saris du Sri lanka font partie de cette famille.

- Enfin certains drapés sont totalement différents des autres, et ne peuvent se ranger dans aucune famille.

3. De nouvelles perspectives

Cette classification des drapés, selon leur "famille" et non leur origine géographique, ouvre de nouvelles perspectives sur l'étude de l'Inde.

On remarque que les différents styles de saris correspondent très étroitement à l'appartenance ethnique. Dans un même lieu, on peut trouver des drapés appartenant à des "familles" différentes, portés par des castes différentes. Par exemple dans le Tamil Nadu, les femmes Brahmanes drapent des styles apparentés au dhoti (enroulés autour des jambes) alors que les autres portent des saris qui ont évolué du veshti (droit). Cette différence dans le vêtement permet de savoir de quelle caste est la personne, et donc quelle est sa place dans la hiérarchie sociale. C'est bien pour cette raison que ces drapés traditionnels sont de moins en moins portés aujourd'hui.

S'il faut se féliciter que le sari devienne démocratique et par conséquent unique, on aurait toutefois tord de laisser les drapés traditionnels sombrer dans l'oubli le plus total. C'est pourquoi Chantal Boulanger a consacré ces dernières années à la recherche et est maintenant en mesure de vous proposer une exposition sur le drapé indien.

4. L'exposition

L'exposition développera plusieurs thèmes dans le contexte de la civilisation indienne. "Sari" doit être ici compris comme une pièce de tissu rectangulaire drapée afin de composer le vêtement principal, féminin ou masculin, sens substantiellement plus large que celui employé d'habitude.

* Les styles de saris :

Les styles de drapé seront présentés suivant les différentes familles, de façon à mettre en évidence leur signification.

* L'évolution du sari :

Les vêtements drapés étaient la règle dans l'Antiquité, de la Grèce à Rome et à l'Inde. En Inde, ils étaient portés par les hommes et les femmes de la même façon. Des styles distincts se sont développés en suivant différents critères: en différenciant entre les hommes et les femmes, avec des styles caractéristiques selon les différentes régions, avec des drapés qui distinguent les castes et les ethnies.

L'Inde a vu de nombreuses races et civilisations se mélanger les unes aux autres depuis au moins le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Chacune s'est intégrée dans la culture générale tout en maintenant son identité propre. Le sari a donc évolué en empruntant à de nombreuses traditions, prenant de multiples formes, et démontrant l'immense richesse culturelle de l'Inde.

* Le symbolisme du vêtement :

La profession, la caste, la religion et la mythologie influent toutes sur la façon dont le sari est drapé. Certains saris ont besoin de huit mètres de tissu et ont des plis qui évoquent le côté mâle et le côté femelle du corps comme représentés dans la philosophie indienne. La plupart des castes drapent leurs saris vers la gauche mais certaines se distinguent en le faisant vers la droite. La religion et la position des femmes dans la société ont également influencé la façon dont leur corps était couvert par le sari.

* La mode :

De nos jours, le tissé-main est toujours considéré comme un symbole politique, mais l'évolution technique a ajouté aux produits des artisans locaux tous les textiles modernes. Des saris de nylons sont fabriqués en Inde et importés d'Asie du Sud-Est. Ces textiles nouveaux ont une grande influence sur le drapé et ont introduit de nouvelles modes.

La beauté et la grâce incomparables des saris en ont fait le vêtement favori des femmes indiennes les plus élégantes. Un peu comme les dernières modes parisiennes, les femmes de l'Inde continuent d'apprécier le côté pratique et l'esthétique d'un sari élégamment drapé.

PUBLIC :

Cette exposition est conçue pour le plus large public. Elle montrera la culture complexe de l'Inde de façon simple et attrayante, et même les enfants la trouveront intéressante. Les Indiens vivant en France seront tout particulièrement intéressés et s'associeront largement au projet.

BUDGET :

L'exposition a été conçue pour pouvoir être réalisée avec un petit budget. Comme le projet est très souple et modulable, les frais dépendront essentiellement des options que vous choisirez. Comme les objets (saris, photos) n'ont pas une grande valeur marchande, il n'y a pas de frais d'assurance à redouter. Si besoin, les mannequins peuvent être facilement empruntés à des grands magasins, puisque le drapé s'adapte à toutes les morphologies.

5. Description :

La description suivante représente un ensemble les possibilités. L'exposition peut être considérablement modifiée et aménagée suivant vos désirs et vos besoins. Le nombre de mannequins, de photographies, de saris exposés, etc., est extrêmement flexible. Nous pouvons aussi y intégrer les ressources propres de votre institution (saris, photographies). Si l'idée vous intéresse, c'est ensemble que nous la mettrons en oeuvre. Voici donc des suggestions:

L'exposition apportera avec elle un peu de l'Inde. Elle a été pensée pour procurer une expérience émotionnelle et intellectuelle aussi complète et intense que possible. Le visiteur sera entouré de couleurs, de lumières, de musiques et d'odeurs. Des mannequins drapés pourront aussi être placés dans le public, afin de donner le plus de convivialité possible à l'exposition.

Les thèmes de l'exposition seront traités de plusieurs manières :

- Les saris exposés expliqueront l'évolution historique et les différences culturelles. Ils seront présentés par famille.

- Les photographies montreront les saris dans leur contexte.

- Les légendes expliqueront les aspects moins visibles des saris.

- Des panneaux muraux aborderont les thèmes plus complexes.

- Des textes présenteront des explications détaillées.

- Des documentaires vidéo donneront vie aux saris.

- Des animations, discussions, conférences et autres programmes culturels compléteront l'expérience.

Des exemples de drapé seront portés par des mannequins. De simples mannequins commerciaux feront largement l'affaire. En effet, les saris s'adaptent à toutes les morphologies, pour peu qu'ils soient correctement mis.

Les mannequins seront drapés avec des saris authentiques provenant de la région du drapé. Certains porteront la soie avec brocart d'or que l'on verra tissée sur les photographies concernant le tissage. Tous les saris seront représentés, depuis ceux filés et tissés à la main jusqu'à ceux en polyester.

Certains mannequins portant des saris particulièrement beaux ou rares seront mis sur des plate-formes (autour desquelles le public pourra tourner), et protégés. D'autres seront mis dans le public ou en bordure de la plate-forme, créant ainsi un lien entre le spectateur et l'exposition (ceux-là porteront des saris de coton bon marché qui pourront être changés : le public sera autorisé à les toucher). Les légendes auront des cartes de l'Inde montrant la région où le sari en question est porté et des dessins expliquant comment il est drapé. Les explications écrites seront minimales.

Autour des mannequins qui porteront les saris, les murs seront animés par des agrandissements de photographies représentant les saris dans leur environnement naturel et leur tissage. Les légendes des photographies sur le tissage expliqueront comment les bordures contrastées et le "pallav" (la partie rejetée sur l'épaule) sont faits. Afin de donner le sentiment d'être en Inde, peu d'espaces seront laissés vides sur les murs.

Quelques murs afficheront des cartes ou des tableaux qui aborderont certains des thèmes didactiques. Ces exposés seront créés de façon à être aussi visuels que possible. Grâce à leur graphisme, même les enfants ou les visiteurs ne parlant pas notre langue pourront les comprendre.

De nombreux bancs donneront la possibilité au visiteur de s'asseoir et de lire les textes qui se trouveront dans les "boites de textes". Ces textes seront imprimés sur de larges feuilles de plexiglas ou de contre-plaqué (environ 30cm x 60cm). Il y en aura environ une dizaine par boite, tous comportant le même texte (peut-être en plusieurs langues). Les visiteurs pourront ainsi facilement les prendre et les lire sur un banc ou en regardant de près les saris concernés, mais ne seront pas autorisés à les emporter hors de l'exposition.

Un coin aménagé servira éventuellement de salle de projection aux documentaires sur le drapé et le tissage.

Un espace ouvert permettra de faire des démonstrations de drapé, des "défilés" de mode indienne, et des ateliers sur divers aspects de la culture indienne. Cet espace permettra aux bénévoles de déployer leurs activités.

Enfin, des conférences sur le drapé et les textiles indiens, ainsi que le les cultures de l'Inde pourront accompagner l'exposition.

6. Cette exposition vous est présentée par :

Chantal Boulanger :

Ethnologue, après avoir étudié les prêtres de temples Sivaïtes pour son diplôme à l'E.H.E.S.S., elle a consacré plus de 6 ans à l'étude des drapés indiens, par le seul moyen possible : la recherche sur le terrain. Elle termine un livre sur le sujet qui sera publié pour l'exposition.

Visitez l'exposition telle qu'elle a eu lieu à la GOLDSTEIN GALLERY, à l'université du Minnesota.

Pour tout renseignement complémentaire, veuillez contacter Chantal Boulanger à cette adresse:

78 Hammersmith Bridge Road
London W6 9DB
Great Britain

Tel: (44 ou 0) 171 610 2234

SARIS: AN ILLUSTRATED GUIDE TO THE INDIAN ART OF DRAPING

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